
Intervention de Marie Rose Moro |
|
 |
|
|
 |
Marie Rose Moro, Professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, Université Paris 5, Service de Psychopathologie de l’Enfant et de l’Adolescent, Hôpital Avicenne, Bobigny et Maison des adolescents-Maison de Solenn, Hôpital Cochin, AP-HP. |
|
 |
Biographie Elle est née en Espagne, en vieille Castille. Elle est arrivée en France à l’âge de neuf mois et a grandi dans le nord est de la France avec ses quatre frères et sœurs et des parents, " héros du quotidien ".Elle a fait des études de médecine et de philosophie puis s’est spécialisée en psychiatrie puis en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent pour réconcilier ses deux passions d’adolescente : la médecine et la philosophie, comprendre et soigner et tout particulièrement les bébés, les enfants et les adolescents. Confrontée en début de son cursus de psychiatre à une manière de soigner les migrants et leurs enfants qui lui apparaissait irrespectueuse et peu efficace, elle a alors décidé de se former à la psychanalyse et à l’anthropologie pour modifier ce regard sur l’autre et soigner les migrants et leurs enfants, autrement. C’est comme cela que qu’elle est arrivée à l’hôpital Avicenne, à Bobigny, il y a plus de 20 ans pour s’occuper des enfants de migrants et leurs parents. Elle est maintenant Professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Université de Paris 13 à la suite de Serge Lebovici, son maître. Elle est aussi chef du service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital universitaire Avicenne dans la banlieue nord de Paris, banlieue multiculturelle. Elle a ouvert là il y a 4 ans, une maison pour les adolescents, Casita. Elle dirige le Centre de recherches universitaires Serge Lebovici qui mène des travaux sur la psychopathologie du bébé et de sa famille et le Centre de recherches en clinique transculturelle qui travaille surtout sur les enfants de migrants et leurs familles (bébés, enfants, adolescents), pour mieux les comprendre et mieux les soigner. Le travail transculturel avec les bébés, les enfants et les adolescents est une passion depuis toujours, tous les enfants, tous les adolescents d’où qu’ils viennent. En septembre 2008, elle a pris la direction de la Maison des adolescents de Cochin avec le projet de développer le travail clinique, l’enseignement et la recherche dans le domaine de la psychopathologie de l’adolescent et de sa famille. Mettre la Maison des adolescents au service de tous les adolescents et ouvrir des Maisons des adolescents au Maghreb, en Europe, en Amérique latine… Elle est membre de Médecins Sans Frontières (MSF) depuis 1989. A ce titre, elle a mis en place des missions psychologiques et psychiatriques dans les terrains de crises et de guerre de par le monde au Guatemala, en Arménie, en Indonésie, en Afghanistan... une trentaine depuis presque 20 ans. Elle a créé en France la première équipe de psychiatrie en situation humanitaire en particulier pour les enfants et les adolescents. Elle aime les actions et les engagements collectifs, aime travailler avec une équipe, créer des structures et les faire vivre. Pour développer les travaux sur toutes ces questions de clinique transculturelle en Europe en particulier, elle a fondé il y a une dizaine d’années et préside actuellement l’Association Internationale d’Ethnopsychanalyse et le réseau international de clinique transculturelle http://www.clinique-transculturelle.org Pour potentialiser les échanges entre les disciplines (psychanalyse, philosophie, médecine, linguistique, philosophie, arts…) elle a créé en 2000 la revue transculturelle, L’autre, Cliniques, Cultures et Sociétés (Pensée sauvage Editeur, Grenoble) qui est une revue de référence dans ce domaine qui appartient à l’Association des Revues Plurielles (ARP). Elle a publié plus de 120 articles en français, en italien, en espagnol, en anglais, en allemand… publié une douzaine de livres en français (traduit en italien, portugais et anglais), elle a dirigé une quinzaine de livres collectifs et participé à de nombreux livres collectifs en anglais, espagnol, allemand et italien.
|
|
 |
Comment mieux comprendre la dimension culturelle pour mieux vivre ensemble ?
Marie Rose Moro redit haut et fort que la société doit faire des choix pour ses enfants qui se traduisent par des orientations sociales et politiques. Il importe donc de défendre ce dont les enfants et leurs parents ont besoin pour que cela puisse se refléter dans les choix collectifs qui tiennent compte des données des sciences sociales, des sciences humaines ou des sciences de la vie, par exemple, en fonction des besoins et, quand c’est nécessaire, le dire haut et fort. Il en ainsi pour la question qui est posée aujourd’hui : la diversité des usages et des langues est-elle un facteur de cohésion et d’égalité sociale ? Question que se pose tous ceux qui travaillent avec des enfants d’aujourd’hui, enfants qui vivent dans les contextes multiculturels et multilinguistiques qui existent dans tous nos pays européens. Comment assumer la diversité des enfants, de leurs histoires, de leurs rapports au monde, aux savoirs, aux langues et comment donner à ces enfants plus de pouvoir de langue, plus de désir de langue ? Car tel est l’enjeu, celui d’un meilleur accès au savoir des enfants, de tous les enfants et un élargissement de leurs possibles, de leur capacité à vivre ensemble et à échanger. A partir de son expérience quotidienne de pédopsychiatre en banlieue parisienne multiculturelle où cohabitent des migrants de générations différentes et leurs enfants dans un contexte globalement défavorisé, Marie Rose Moro rappelle son expérience de soins et de recherche dans ce domaine qui l’a amenée à travailler avec des enfants qui traversent plusieurs langues en particulier avec des enfants de migrants qui parlent des langues différentes à la maison et à l’école, mais aussi les enfants qui changent de langues parce qu’ils voyagent avec leurs parents, les enfants de l’adoption internationale et plein d’autres situations où les enfants ont des parcours langagiers riches mais qui peuvent paraître complexes aux yeux de ceux qui considèrent qu’avoir une seule langue est la norme ce qui, dans le monde qui est le nôtre, va devenir de plus en plus rare ; il importe donc de ne pas ériger en norme ce qui intuitivement semble plus facile à penser et de transformer en nature ou en nécessité ce qui est de l’ordre de la culture et de la contingence. |
|
 |
Derniers livres parus : - Moro MR. Aimer ses enfants ici et ailleurs. Histoires transculturelles. Paris, Odile Jacob, 2007. Traduit en italien. - Moro MR, Lachal C. Les psychothérapies. Modèles, méthodes et indications. Paris : Armand Colin ; 2006. Traduit en anglais et portugais. - Moro MR, Moro I. and coll. Avicenne l’andalouse. Devenir psychothérapeute en situation transculturelle. Grenoble : La Pensée sauvage ; 2004. - Moro MR. Enfants d’ici venus d’ailleurs. Naître et grandir en France. Paris : La Découverte ; 2002. 2ème édition en 2004 en poche chez Hachette Littératures dans la coll. " Pluriel ". Traduit en italien. - Moro MR. Psychothérapie transculturelle des enfants et des adolescents Paris : Dunod (2000, 2004). Traduit en italien. - Moro MR. Parents en exil. Psychopathologie et migrations. Paris: P.U.F.; 1994, 2002. Traduit en italien. Un film a été fait sur le travail transculturel " J’ai rêvé d’une grande étendue d’eau " en 2002 par Laurence Petit Jouvet, film traduit en anglais, espagnol et italien.
________________________________________
|
|
|
|