Les adultes et plus particulièrement les parents sont les premiers acteurs de la construction de la personnalité de l’enfant. Pourtant s’il est un domaine qui échappe à la maîtrise des humains, c’est bien celui de la construction de la personnalité de leurs enfants. La conduite éducative n’est déterminée ni par la volonté d’obtenir tel comportement ni par celle d’empêcher tel autre jugé nocif mais par celle de lui donner plutôt envie de prendre soin de lui, de se respecter, de s’épanouir. L’impératif n’est pas qu’il ne devienne pas un drogué, ce qui serait paradoxalement faire de la drogue un axe de l’éducation, mais bien qu’il ait les moyens de garder ses distances et de demeurer libre.
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Une éducation épanouissante ne saurait reposer sur la peur mais sur la confiance partagée qui n’exclut bien sûr ni la mise en garde, ni la vigilance.
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Comment ignorer alors le rôle fondateur des parents? Ils sont en effet les acteurs essentiels de l’établissement des liens primaires de confiance entre l’enfant et son environnement et, en miroir, de la confiance de l’enfant en lui-même. C’est l’intériorisation de celle-ci par l’enfant qui sert de support à la qualité du regard qu’il pose sur lui-même, à son estime de lui, à sa confiance en lui.
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Or ce soutien qu’apportent les adultes est devenu particulièrement fragile dans notre contexte actuel où tout consensus éducatif a disparu et où l’autorité est souvent vécue comme un abus de pouvoir. De plus en plus de parents ne se sentent plus légitimes d’imposer une exigence éducative. C’est particulièrement le cas en ce qui concerne l’usage des drogues dites licites telles que le tabac et l’alcool. A cette disqualification de l’éducatif s’est substituée une valorisation de l’écoute des enfants, certes nécessaire, mais à condition qu’elle soit réciproque et que les adultes se sentent autorisés à être eux aussi écoutés.
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L’autorité ne s’impose plus d’elle-même; elle doit se justifier, surtout aux yeux de ceux qui l’appliquent. Les parents seront d’autant plus convaincants qu’ils seront eux-mêmes plus convaincus de leur légitimité. S’ils posent des limites ce n’est pas pour chercher à contraindre leurs enfants, c’est avant tout parce que ces derniers sont trop précieux pour qu’on les laisse s’abîmer.
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C’est l’attente des jeunes à leur égard qui confère aux plus âgés une responsabilité éducative et un rôle de modèle. En effet, les parents doivent comprendre que l’enfant comme l’adolescent sont en attente de liens qui les nourrissent et les construisent. Ils sont dans une quête d’eux-mêmes qui passe par la rencontre avec les autres et dont l’issue dépendra de la qualité de présence des adultes, de leur capacité à transmettre et du contenu de cette transmission. L’absence de réponse n’est pas la liberté, c’est l’abandon. Laissé à lui-même, l’enfant obéit aux contraintes émotionnelles du moment, dont les plus habituelles sont la recherche du plaisir immédiat et l’évitement de ce qui peut être un facteur d’inquiétude ou de menace.
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La capacité réflexive de l’être humain lui ouvre la faculté d’avoir conscience de lui même et le confronte inévitablement à sa finitude, et à la perception de sa dépendance à l’égard des objets de son désir et de son besoin, susceptibles de combler ses attentes. Le fait d’avoir nécessairement à recevoir des autres ce qui lui manque fait de lui un être addictif. Cette aliénation possible à l’objet du désir et du besoin transforme ce dernier en danger potentiel; la tentation est grande de répondre à cette menace par un refus du lien et la recherche de substituts addictifs que le sujet a l’illusion de maîtriser.
C’est à ce niveau que la société et les valeurs dont elle est porteuse sont nécessaires pour relayer les parents et jouer un rôle de tiers qui les soutiennent. Les institutions avec au premier rang l’éducation nationale sont le regard du monde adulte sur les jeunes. Elles ont pour objectif de donner à chacun les repères et les outils susceptibles de lui permettre de se nourrir dans les trois domaines nécessaires au bon développement de la personnalité, les soins du corps, les apprentissages et la sociabilité. Le but n’est pas le formatage à un conformisme social mais l’acquisition des compétences qui permettent progressivement d’exercer les capacités de choix propres aux êtres humains.
Dans cet échange de regard c’est une image de lui-même qui est nécessairement renvoyée au jeune. Ceux qui ont le moins de repères, du fait des carences éducatives, sont ceux qui vont être le plus sensibles à ce regard posé sur eux, mais qui vont avoir le plus de difficultés à accepter ce qui leur a toujours manqué, à savoir une reconnaissance de leur valeur.
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C’est à ces enjeux essentiels que vont être consacrées les assises de la parentalité et de la prévention. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité la majorité des jeunes va avoir un mode de vie profondément différent de celui de leurs parents. Cette ouverture du champ des possibles est une chance mais aussi un risque. La capacité réflexive de l’être humain autorise la possibilité de choix indéfinis mais l’oblige à se déterminer à l’aune du miroir que sont les valeurs auxquelles il adhère et qui prennent la suite du regard parental.