
Intervention de Patrick Alvin |
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Pédiatre, chef du service de médecine pour adolescents, Pôle Adolescent-Mère-enfant Centre hospitalier universitaire de Bicêtre (AP-HP) |
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Biographie Initialement formé à la médecine de l’adolescent aux Etats-Unis (Stanford), membre des quelques pionniers de cette discipline en Europe, cofondateur avec Daniel Marcelli du DIU de médecine et santé de l’adolescent, Patrick Alvin dirige depuis près de 20 ans le service de médecine pour adolescents de Bicêtre (qu’il a ouvert en 1982 aux côtés de Victor Courtecuisse). Réservé aux filles et garçons de 13 à 19 ans, ce service toujours unique en France est un lieu d’expérience, de soins et de formation. L’unité d’hospitalisation (séjour moyen = une semaine) est étroitement couplée à l’unité ambulatoire spécifique, à charge de la même équipe pédiatrique. Celle-ci, de taille réduite mais pluridisciplinaire et spécialement entraînée, réunit pédiatres et équipe infirmière, également assistante sociale, psychologue, psychiatre de liaison, gynécologue, institutrice et animatrices, etc. Trois catégories diagnostiques représentent 80% des admissions : les maladies chroniques, les anorexies mentales et les tentatives de suicide. L’approche thérapeutique est une " approche médicale élargie " qui intègre les aspects somatiques, psychiques et sociaux des problèmes posés. Ceci sous-entend une référence médicale clairement identifiée et un souci de continuité dans les soins, ainsi qu’une bonne interactivité avec les divers correspondants extérieurs. Dans un tel dispositif, les adolescents sont d’abord et avant tout reconnus comme " adolescents " et bénéficient du droit à la confidentialité. Une telle pratique n’est bien entendu possible que grâce à un travail parallèle important avec les parents.
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L’envie de mourir, l’envie de vivre, un autre regard sur l’adolescent suicidant
Le suicide dérange beaucoup la société, les individus, y compris les professionnels du soin. Si le " dépistage " de la souffrance et des mises en risque des adolescents est bien comprise comme étant l’affaire de tous, leurs conduites suicidaires restent fortement perçues comme relevant, in fine, des seuls spécialistes en santé mentale. Or plus d’un adolescent scolarisé sur dix pense souvent au suicide et près d’une fille sur dix, un garçon sur vingt, rapportent avoir déjà fait une tentative de suicide. Parmi ces derniers, peu ont été pris en charge à cette occasion et de la minorité adressée à l’hôpital, peu également ont ensuite adhéré au " suivi psy ". Comment comprendre, et surtout " que faire " face à ce troublant paradoxe ? Le suicide n’est pas une " psychopathologie " au sens classique du terme et les adolescents suicidants, en particulier, défient tous les stéréotypes. Contrairement à une idée encore largement répandue, les conduites suicidaires ne figurent pas au rang des diagnostics psychiatriques. Même si une minorité s’observe au cours de maladies mentales avérées, elles sont au mieux un symptôme, de surcroît non spécifique. Dit autrement, il serait tout à fait simpliste de faire d’un diagnostic associé ou d’un type de personnalité la " cause " du suicide, comme de faire du traitement de tel ou tel facteur psychiatrique sous-jacent le " traitement " du suicide. Pourtant, Histoire et tradition oblige, " pour le plus grand nombre des travailleurs de santé, d’avantage encore chez ceux qui sont impliqués dans la santé mentale, le suicide est soit une forme de maladie mentale, soit la conséquence d’une maladie mentale connue ou encore ignorée ". Il suffirait ainsi en toute logique aux professionnels de première ligne de confier les adolescents suicidaires ou suicidants au psychiatre, puis s’efforcer de faire appliquer les prescriptions du psychiatre... Or tout le monde sait très bien combien cette approche est au mieux aléatoire, au pire décevante. Une des explications possibles pourrait être qu’à trop nous focaliser sur le suicide, sa dangerosité, sa psychopathologie supposée et le risque de récidive, nous ayons fini par totalement négliger, derrière "l’adolescent suicidant ", l’adolescent " normal ", sa vie ordinaire, son développement et ses divers besoins de santé. Il y va sans doute en partie de nos propres défenses, comme de nos réflexes professionnels. Que penser de tous ces adolescents que nous rencontrons ou que nous suivons un temps, sans forcément en connaître immédiatement les zones de souffrance plus intimes ? Combien d’adolescents malades traitons-nous, ignorant qu’ils ont appartenu ou appartiennent à la catégorie des " suicidaires " ? Que veut dire et que vient introduire de nouveau le fait de " suivre " un patient qui s’avère avoir pensé au suicide où avoir déjà fait une tentative de suicide ? Et enfin, une fois cela acquis, à partir de quand peut-on se permettre de laisser un peu de côté cette " étiquette " ? Autant de questions, autant de réponses que l’on ne trouve pas dans les livres spécialisés ni dans les recommandations professionnelles.
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Dernières publications Patrick Alvin est auteur de nombreux articles scientifiques, rapports, chapitres de livres et articles de vulgarisation sur le thème de la médecine et de la santé des adolescents. Sont détaillés ci-dessous ses principaux ouvrages, dont le dernier sur les adolescents suicidants. . L’envie de mourir, l’envie de vivre. Un autre regard sur les adolescents suicidants. Paris : Doin/Lamarre, 2009 . Alvin P (et coll.). Anorexies et boulimies à l’adolescence (3ème édition). Paris : Doin, 2007 . Alvin P, Marcelli D. Médecine de l’adolescent (2ème édition, 450p) Paris : Masson, 2005 . L’annonce du handicap à l’adolescence. Paris : Espace éthique/Vuibert, 2005 . Alvin P, Caflisch M. Les adolescents en pédiatrie hospitalière : une enquête nationale. Paris : Les rapports de l’AP-HP, 1998 . Alvin P, Jeammet P, Pommereau X. L’hospitalisation des adolescents. Fondation de France/Ministère de la santé, 1997 . Michaud PA, Alvin P (et coll.). La santé des adolescents (635p). Paris : Doin, 1997 ________________________________________
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